De nos jours, où tout est trucage, il est bon de savoir que le soleil brille sous l’horizon. Dans ses dessins à la fine contexture, quintessence de l’art Matissien, Sylvie Arbeaumont laisse libre cours à ses pressentiments, ceux significatifs, d’une enfant qui musarde dans le gris bleu pâle de son jour. L’artiste, s’offrant ainsi la liberté de faire dans une apparente naïveté, insiste sur l’élan vertical qui se dégage de ces Corbières tant décrites. Ces contrées continentales émerveillent l’artiste par les hauteurs excessives des flancs, aux faîtes desquels s’érigent les royaux remparts, dans une roide solitude. A la fois mystiques et brutaux ils ont l’étrange beauté des structures naturelles.

Devenues maritimes, ces falaises bordent la Franqui , les lagunes de Bages, de l’Ayrolle et de Campignol, où les îles éparses flottent, à l’instar de l’artiste, dans le gris bleu pâle de leur lit. Mordant, le trait ténu d’Arbeaumont creuse sa voie dans la rondeur assouplie des roches grises, où les villages encaissés ressemblent aux jolivetés de Morandi, par leurs maisons aux toits ocres et safranés qui sont singulièrement élevées d’un aplat, presque comme une confidence ; celles-ci oblongues et ombrées, vivent de leurs ombres ; celles- là que l’ombrage domine, vivent de rares lumières. Temporisés par petites touches, quelques arpents de lambrusques et autres caprifiguiers participent à l’étrange sédimentation de l’oeuvre. Que serait Arbeaumont sans ses légères colorations qui s’étendent sagement sur la toile, avec une impression de légers frémissements.

Texte de Poulet de Gruissan « Portraits d’Artistes ».